La patience est une vertu, ou comment j’ai enfin rencontré l’Apple II

3982176274_2ec107a78f_bJe vous offre ce témoignage, j’espère qu’il encouragera certains indécis à éventuellement sauter le pas, et surtout à ne pas perdre espoir.

D’aussi loin que je me souvienne, l’Apple II a pour moi toujours incarné la micro informatique, l’ordinateur avec un grand O, l’objet de mes fantasmes juvéniles. Outre ses apparitions dans divers films ou séries, nous avions Leo contre tous sur RTL, « Luxembourg »  comme on disait. Probablement la chaine la plus regardée en Belgique francophone  à cette époque, elle nous offrait ce jeu, qui fut d’ailleurs le premier de ce genre en Europe. Même s’il parait extrêmement désuet aujourd’hui, je pense que les gamins de mon âge l’ayant vu s’en souviennent !

Et donc au début des années 80, à une époque où celui-ci coûtait le prix d’une petite voiture, vous pensez bien qu’acquérir cet objet est évidemment resté à l’état de fantasme. Les micros abordables sont ensuite apparus, le zx81 puis le Commodore 64 furent miens et j’oubliai l’Apple.
Ce n’est que bien plus tard que l’envie de retrouver ces anciennes machines me prit, mais bien que le temps ait passé, l’Apple II restait assez rare et cher. Parfois une occasion se présentait sous la forme d’un Apple IIc, moins rare, mais pas moins cher, et à chaque fois le même dilemme : devais-je mettre une telle somme (250-350 euros) pour cet ordinateur qui m’était inconnu ? Saurais-je reconnaitre un modèle en bon état ? Saurais-je m’en servir ? Cela d’autant qu’à mes yeux, le IIc n’a pas le même charisme que son prédécesseur. J’ai donc à chaque fois jeté l’éponge. Parfois, je notais une annonce pour un II, IIe ou II+, mais à chaque fois soit à des prix indécents (600 euros), ou alors des systèmes incomplets que je ne me sentais pas capable de remettre en route, soit encore des systèmes qu’on aurait dit exhumés d’une poubelle…

Et cette situation dura jusqu’il y a peu, où ici même, un membre réputé de ce forum proposa à la vente un système complet Apple IIe en bon état, et à très bon prix.
Son seul problème, outre qu’il allait devoir traverser la France et être à la merci des transporteurs pour me rejoindre, était qu’il ne bootait plus. Cela pourrait venir de beaucoup de choses, de la disquette défectueuse à un lecteur de disquettes capricieux, voire pire un souci électronique. Son vendeur m’ayant assuré qu’il fonctionnait quelques jours plus tôt, ma réflexion fut assez courte et je me lançai dans l’aventure !

L’attente de son arrivée fut longue et angoissante, mais au final le colis tant attendu arrive sain et sauf jusque dans mes mains (bravo Mondial Relay  ! ). Séance de déballage/montage, je tente un démarrage et, comme attendu, celui-ci ne boote pas. J’avais entretemps noté une manipulation pour tester le matériel (Pomme ouverte-pomme fermée à l’allumage), j’attends avec angoisse la fin du self-test (accompagné de bruits étranges et inquiétants), mais ouf! le message « Kernel OK » signalant que tout va bien s’affiche, ce n’est donc pas un problème de l’unité centrale.

Prochains suspects, les lecteurs de disquettes, je décide de les démonter pour nettoyer la tête de lecture.

Le coton-tige est effectivement un peu noir, mais rien n’y fait, pas de progrès. Je tente alors d’inverser les lecteurs 1 et 2. Ceux-ci étant pluggés directement dans la bête (la nappe passe par un orifice à l’arrière), la première étape est donc d’accéder à ses entrailles. Je tente timidement d’ouvrir le capot sans trop forcer, rien ne bouge. Une recherche internet plus tard, je tombe sur le pdf du manuel de prise en main, qui m’apprend qu’il faut simplement forcer plus fort ! Le capot cède enfin sous mes efforts, et c’est ici que je fais deux constatations : d’abord, que le vendeur n’a pas menti, son ancien propriétaire était effectivement boulanger, car de la farine obstrue chaque fente ou interstice du boitier, et ensuite qu’un Apple, à l’époque, était vraiment conçu pour être ouvert et bidouillé. Sans outil vous ouvrez le capot. Tous les circuits sont sur support. Chaque carte est clairement libellée avec sa fonction. J’ai d’ailleurs le plaisir de constater qu’il est bien pourvu : aux côtés de la carte contrôleur se trouvent une carte « souris » (que j’ai également reçue), une carte « imprimante » et, la plus importante, une carte 80 colonnes + 64Ko. Je possède donc un IIe 128Ko !
Bref j’inverse les deux nappes pour tenter de démarrer, et là j’arrive à booter, enfin presque, mais au moins quelque chose s’affiche et j’arrive au prompt. Toute tentative ultérieure se soldera par un I/O ERROR. Les nappes étant très sèches, craquantes et méchamment pliées, je décide de les remplacer. Sur eBay, je trouve sans problème un vendeur bulgare qui peut me fournir ça pour quelques euros, c’est parfait ! Il n’y a plus qu’à (encore) attendre.

Pour patienter, je vais offrir un bon nettoyage à ma machine. Le démontage ne pose aucun souci, tout est méticuleusement dépoussiéré et la carrosserie subit un nettoyage en profondeur au St Marc. Chaque touche du clavier est prudemment nettoyée à l’instanet, et la carte électronique est traitée au WD40. Chaque slot est pulvérisé puis épongé, au final on mangerait dedans !

Avant…



…et après !

Quelques jours plus tard, je reçois enfin mes nappes, que je m’empresse de monter. Aucun progrès avec le drive 1, damned ! Avec le drive 2, j’arrive à booter certaines disquettes, mais pas celle avec le DOS 3.3. Pire, après un essai avec cette disquette, les autres ne sont plus lisibles ! C’est donc une disquette qui est non seulement HS, mais en plus encrasse le lecteur ! Ce sera donc poubelle pour elle, je vais devoir m’en recréer une.

Grâce à ces attentes forcées, j’ai eu le temps de parcourir le web à la recherche d’informations, et j’ai découvert un logiciel génial, ADTpro qu’il s’appelle. Avec ce logiciel, vous pouvez faire communiquer votre PC avec votre Apple II !

Côté Apple II…

…et côté PC :

N’ayant pas de câble série à disposition, je décide d’utiliser la connexion audio. Une fiche jack dans la sortie casque, et l’autre extrémité dans l’entrée « cassette » de l’Apple, quelques commandes ésotériques à taper dans le moniteur de l’Apple, et le voila en train de recevoir des données. La première disquette a créer est donc une disquette bootable ADTpro, pour ne pas avoir à refaire cette manipulation à chaque fois. Ensuite, il suffit d’enregistrer vos images disques dans un répertoire de votre PC, et vous voila fin prêt pour recréer vos disquettes. J’ai un peu galéré pour créer ma première disquette, je ne parvenais pas à trouver comment envoyer une image-disque précise. Mais c’est en fait on ne peut plus simple, et c’en est d’autant plus génial : tout se passe depuis l’Apple, pour peu que vous ayez connecté un autre jack entre l’entrée micro du PC et la sortie audio de l’Apple, la connexion est BIDIRECTIONNELLE ! Oui, depuis l’Apple, je parcours le répertoire du PC, je choisis l’image directement et quelques minutes plus tard, la disquette est prête !

J’ai lu qu’une des maladies des lecteurs de disquette est la vitesse de rotation qui peut changer au fil du temps. Et comme on est à cette époque bénie où le matériel a été pensé pour être ouvert et bidouillé, une simple vis permet de régler la vitesse de rotation.

La vis en question, à droite :

Ma prochaine disquette créée sera donc Copy II+, qui possède un outil d’étalonnage de la vitesse. Il apparaît très rapidement que le drive 2 est quasi à la bonne vitesse, par contre le drive 1 est lui bien trop lent. Quelques ajustements plus tard, le voila à la vitesse désirée, et alléluia il est ressuscité !! Je vais néanmoins le conserver en 2e position, parce qu’il faut parfois insister pour qu’il lise, c’est qu’il n’est plus de première jeunesse le bougre !

Me voici donc enfin avec une machine pleinement fonctionnelle qui fleure bon le vintage. Comment exprimer ce sentiment, ou même la frappe du clavier, avec son bruit caractéristique, est tellement évocatrice ? Son affichage vert, tellement stable, contrasté, sans scintillement, délivre fidèlement les écrans sur lesquels je bavais dans les magazines de l’époque.

Fichu Jeux&stratégie, premier responsable MDR

Softporn adventure, l’ancêtre de Larry Laffer…

Le fabuleux Wizardry…

En guise de récompense, je me suis offert pour une poignée de dollars le pack original du tout premier Bard’s Tale, et je viens d’entamer l’aventure.


Un vrai RPG pour barbus, où le seul endroit pour enregistrer votre progression est la guilde des aventuriers, et où si vous manquez de chance, vous vous faites exploser par une bande de 8 barbares dès votre première sortie en rue !

Alors… tentés ?

 

Cet article a préalablement été publié le 28/10/2014 sur l’excellent site Gamopat.

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